{Par la fenêtre}
J’observe un homme chapeauté de son casque de moto, qui tourne tel un lion en cage à l’extérieur de notre portail sécurisé. Il n’a pas le code. Il s’accroche aux barreaux, on dirait un singe au zoo. Il fait de grands signes à quelqu’un qui ne le voit pas.
Il a patienté 1minute23 et s’en est allé. 10 secondes plus tard un résident sortait, il aurait pu se faufiler.
Ah mais tiens le revoilà ! Quelqu’un d’autre sort, il en profite.
Il erre dans la cour maintenant, le gardien n’est pas là. Son pantalon de motard fait vvvvt vvvvttt à chacun de ses pas. Je ne l’ai plus dans mon champ de vision.
Le revoilà, il sourit, gêné d’être le centre de l’attention des retraitées aux balcons.
Allez… j’ouvre ma fenêtre « Puis-je vous aider ? »
Une livraison… mauvais code… urgent… bla bla… Attendez je descends…
Je signe, j’embarque, je jette un œil, oh quoi, c’est un sac en carton très chic à peine fermé par un ruban.
Ce sont des flacons vides et des pipettes. Elle doit faire ses propres cosmétiques Madame.
Je googlise la marque.
…
Ils doivent être sacrément précieux ses mélanges pour qu’elle les injecte dans des flacons au look très ordinaire mais au prix exorbitant !
Ah voilà le gardien, je lui remets le paquet.
Madame dirige Hermès… Haaaaannnn…
Des cordes pendent devant mes fenêtres. Dans quelques instants j’aurais droit au remake d’Extreme Limite version building.
Les cordes s’agitent.
Je vois ses chaussures.
Et soudain nous sommes nez à nez, moi à ma table en train de dispatcher le support à ma team, lui une gratounette à la main en train de frotter les fissures assassines.
Un court instant je l’envie d’être à l’air libre et de travailler de ses mains. Et puis mon regard accroche les nuages menaçants et je me pelotonne dans mon coussin de chaise, les doigts sur le clavier, les mains contre le café chaud.
La dame de la météo dit qu’il fait 20°.
Ah bon ?
Je l’envie.
Un bruit de torrent, ce sont les roues du chariot d’un livreur.
Un bruit d’éboulement, ce sont les caisses qui s’écroulent, le livreur a raté le trottoir.
Des cris d’enfants, il est midi.
Les Feux de l’Amour à la télé.
Vive le télétravail :)


Commentaires sur {Par la fenêtre}
- Je me suis crue en train de parcourir les premières pages d'un roman... C'est rudement bien écrit tout ça !

Concernant le travail à la maison, ça présente des avantages et des inconvénients. Ça peut paraitre idyllique de l'extérieur mais ça ne l'est pas (toujours). Parce qu'on a personne avec qui papoter à la pause café, parce qu'il faut gérer les lessives et le rangement en parallèle, parce qu'on est pas toujours considéré comme quelqu'un qui travaille, parce qu'on a l'impression de ne plus sortir de chez soi, parce qu'il y en a marre de finir les restes le midi alors qu'on se serait bien fait un petit resto entre collègues... - Le Croco a en effet exactement toutnbien résumé ! J'ai quand meme enfin réussi a ne plus me sentir obligée de justifier que je travaille bien auprès de ceux qui sont au bureau. Et meme je travaille bien mieux de chez moi maintenant que j'ai vraiment du travail. Mais le réseau est moins accessible, les papotages au café avec les collègues me manquent, et en effet manger sur le pouce devant les Feux de l'amour c'est sympa menfin bon... Ce qui me manque le plus cest le petit centre commercial dans lequel jaime flaner entre l'heure : ) A partir de septembre j'aimerais travailler a la maison un jour par semaine pour pouvoir récupérer le Crapaud a 16h et voir la maitresse une fois dans la semaine quand meme. Affaire a suivre !















Ici, il fait beau et chaud toute l'année, qu'est ce que je fous enfermée dans un bureau sans fenêtre ?
Je t'envie.